Held in Your Hand
Le bruit d'à côté
La disparition du chat n’aurait pas dû être un problème.
En théorie.
Dans les faits, je venais de passer les vingt dernières minutes à inspecter mon appartement comme un détective fatigué.
Sous le canapé.
Derrière le meuble télé.
Dans la salle de bain.
Rien.
Je me redressai lentement au milieu du salon.
— Où est-ce que tu t’es encore foutu…
Silence.
Je regardai la porte-fenêtre.
Le balcon.
Mon estomac se serra immédiatement.
— Non.
Je m’approchai.
— Non non non.
Je passai la tête dehors.
Le balcon était vide.
Le garde-corps.
La rue en bas.
Aucun chat.
Je restai immobile une seconde.
Puis je murmurai :
— Dis-moi que t’es pas tombé.
Mon cerveau commença immédiatement à produire des images absolument catastrophiques.
Un chat volant.
Un chat ratant son saut.
Un chat écrasé dans la cour intérieure.
Je me passai une main dans les cheveux.
— Génial.
Je venais d’assassiner mon propre chat par négligence.
Il ne manquait plus que ça dans ma vie.
Je me retournai vers l’appartement.
— Si tu es caché quelque part je te jure que…
On frappa à la porte.
Trois coups.
Lents.
Très calmes.
Je fronçai les sourcils.
Personne ne venait jamais frapper chez moi.
Je m’approchai et ouvris.
Un homme d’une cinquantaine d’années se tenait devant moi.
Très droit.
Très digne.
Avec l’air de quelqu’un qui avait l’habitude d’entrer dans une pièce et d’être immédiatement pris au sérieux.
Dans ses bras, parfaitement installé comme un roi satisfait, mon chat ronronnait.
Je clignai des yeux.
L’homme me regarda avec gravité.
— Jeune homme.
Petite pause.
— Ce ne serait pas VOTRE chat qui serait entré dans la chambre de ma fille ?
Mon cerveau resta bloqué une seconde.
Puis deux.
Puis trois.
Mon chat leva les yeux vers moi.
Parfaitement heureux.
Traître.
Derrière l’homme, une voix protesta immédiatement.
— Nan papa, tu abuses !
Une jeune femme apparut derrière lui, visiblement contrariée.
— On aurait pu attendre demain !
Elle croisa les bras, puis pointa le chat.
— Et en plus j’ai même pas eu mes allergies avec lui.
Elle leva les yeux vers son père avec une conviction absolue.
— C’est clairement un signe du destin.
Je restai figé dans l’encadrement de la porte.
Mon cerveau essayait encore de comprendre ce qui était en train de se passer.
Mon chat avait infiltré l’appartement voisin.
Le père de la voisine venait de sonner chez moi.
Et la voisine parlait maintenant de destin.
Je fixai le chat.
Le chat me fixa.
Puis je murmurai intérieurement :
Oh non.
Oh non non non.
Dites-moi que je suis en plein cauchemar.
…
Le bruit d’à côté
à venir