Held in Your Hand

Chapitre 24 | Au plus haut

Je suis resté longtemps contre elle.

Pas vraiment en pleurant.

Pas vraiment en parlant non plus.

Juste… là.

Mes bras autour d’elle. Son manteau sous mes doigts. Sa respiration calme contre moi.

Je n’avais jamais réalisé à quel point tenir quelqu’un pouvait faire taire autant de choses dans la tête.

Au début, je sentais encore mon cœur battre trop vite. La colère de la soirée, les mots de Jade, la honte, tout ça tournait encore quelque part.

Puis ça a ralenti.

Très lentement.

Comme si quelqu’un avait enfin baissé le volume du monde.

Lyralda ne disait rien.

Sa main glissait doucement dans mon dos de temps en temps, un geste simple, presque distrait. Pas pour me calmer. Pas pour me contrôler.

Juste pour être là.

J’ai fini par souffler :

— Désolé.

Elle n’a pas répondu immédiatement.

Puis elle a dit simplement :

— Je sais.

Je suis resté encore quelques secondes contre elle.

Puis j’ai reculé un peu.

Elle me regardait.

Pas avec ce regard précis qu’elle avait au bureau. Pas avec celui qu’elle utilisait quand elle analysait quelque chose.

Celui-là était plus… ouvert.

Comme si elle ne cherchait plus à comprendre.

— Tu veux t’asseoir ? demanda-t-elle.

J’ai hoché la tête.

On est allés s’installer sur le canapé.

Je me suis assis un peu raide, les mains posées entre mes genoux. Elle s’est installée à côté de moi, pas trop loin, mais sans me coller non plus.

Le silence est retombé.

Cette fois, il n’était pas inconfortable.

Juste fragile.

— Jade m’a invité ce soir, ai-je fini par dire.

— Je m’en doute.

J’ai tourné la tête vers elle.

— Ah bon ?

Elle a eu un petit sourire.

— Tu avais la tête de quelqu’un qui venait de se faire dire la vérité par quelqu’un qui ne s’embarrasse pas beaucoup de diplomatie.

J’ai laissé échapper un souffle.

— C’est exactement ça.

Petit silence.

— Elle m’a traité de petit chiot incapable de s’exprimer.

Lyralda a haussé légèrement les sourcils.

— Mignon.

— Non.

J’ai passé une main dans mes cheveux.

— Sur le moment, j’ai cru que j’allais vriller.

— Et ensuite ?

J’ai baissé les yeux.

— Ensuite… j’ai réalisé qu’elle avait raison sur certaines choses.

Elle n’a pas répondu tout de suite.

Puis elle a dit doucement :

— Ce n’est pas toujours agréable d’avoir raison.

J’ai relevé la tête.

— Tu penses ?

— Oui.

Elle a croisé les bras.

— Parce que ça veut dire que quelqu’un souffrait déjà depuis un moment.

Je suis resté silencieux.

Puis j’ai soufflé :

— J’en ai marre de réfléchir tout le temps.

Elle a eu un petit sourire.

— Moi aussi.

Je l’ai regardée.

— Vraiment ?

— Oui.

Elle a haussé une épaule.

— Tu crois que c’est reposant d’être quelqu’un qui voit tout ?

Je suis resté surpris une seconde.

Je n’avais jamais pensé à elle comme à quelqu’un qui pouvait être fatigué de réfléchir.

— Mais tu donnes l’impression que tout est simple.

Elle a eu un petit rire.

— Non.

Elle a penché légèrement la tête.

— Je donne l’impression que je sais quoi faire même quand je ne sais pas.

Le silence est revenu.

Puis elle m’a regardé. Plus sérieusement.

— Eliott.

— Oui ?

— Tu sais que je ne t’ai jamais vu comme un plan B ?

J’ai senti mon estomac se serrer.

— Je sais.

Elle m’a fixé un instant.

— Non.

Sa voix était calme.

— Tu le comprends maintenant.

Elle s’est rapprochée légèrement sur le canapé.

— Mais je veux quand même le dire.

Je n’ai pas bougé.

— Quand on s’est embrassés la première fois…

Elle s’est arrêtée une seconde.

— Ça m’a surprise.

— Désolé.

Elle a secoué doucement la tête.

— Non.

Petit silence.

— Ça m’a surtout fait peur.

J’ai légèrement froncé les sourcils.

— Peur ?

— Oui.

Elle regardait le sol maintenant.

— Parce que je savais déjà que tu étais quelqu’un qui ressentait beaucoup.

Elle a levé les yeux vers moi.

— Et que tu étais capable de te blesser très profondément si tu te trompais.

Je suis resté immobile.

J’ai senti quelque chose se détendre dans ma poitrine.

Pas un soulagement complet.

Mais quelque chose de très proche.

Elle a observé mon visage quelques secondes.

Puis elle a dit :

— Viens là.

Je n’ai même pas eu le temps de réfléchir.

Elle a tiré légèrement sur mon bras.

Je me suis retrouvé plus près d’elle sur le canapé.

Très près.

Ses doigts sont venus se poser contre ma joue.

J’ai senti mon cœur accélérer.

Pas de panique.

Juste… quelque chose de vivant.

Elle a passé son pouce sous mon œil.

— Tu es épuisé.

— Oui.

— Et un peu idiot.

J’ai laissé échapper un petit rire.

— Ça aussi.

Elle a souri.

Puis sa main a glissé dans mes cheveux.

Le geste était lent. Naturel.

Je ne pensais plus à ce que je devais faire.

Je ne pensais plus à ce que je devais être.

Je la regardais simplement.

Et pour la première fois depuis longtemps, je n’avais pas l’impression d’être observé comme un problème à résoudre.

Elle murmura :

— Tu sais ce que j’aime chez toi ?

J’ai cligné des yeux.

— Non.

Elle a eu un petit sourire.

— Tu essaies toujours de comprendre les gens.

— C’est un défaut.

— Parfois.

Elle a haussé légèrement les épaules.

— Mais ça veut aussi dire que tu te soucies des autres.

Le mot est resté dans l’air.

Je ne savais pas quoi en faire.

Elle l’a vu immédiatement.

— Ça te fait peur ?

— Un peu.

— Pourquoi ?

J’ai haussé les épaules.

— Parce que j’ai toujours l’impression que si j’aime vraiment quelqu’un… je vais forcément le perdre.

Elle n’a pas répondu tout de suite.

Puis elle a posé doucement son front contre le mien.

Le geste était si simple que je suis resté immobile.

— Eliott.

Sa voix était très basse.

— Tu n’as pas encore compris quelque chose.

— Quoi ?

Ses doigts ont serré légèrement ma main.

— Tu n’es pas en train de me perdre.

J’ai senti ma gorge se serrer.

Elle est restée là, front contre le mien.

Puis elle m’a murmuré :

— Tu es en train de me trouver.

Le monde sembla ralentir une seconde.

Je l’ai regardée.

Elle me regardait.

Et cette fois, il n’y avait plus rien de compliqué dans ses yeux.

Juste quelque chose de très clair.

J’ai passé doucement ma main dans son dos.

— Lyralda…

Elle n’a pas attendu la fin de la phrase.

Ses lèvres se sont posées contre les miennes.

Le baiser fut différent de tous les autres.

Pas pressé. Pas hésitant non plus.

Juste… doux.

J’ai senti mon corps se détendre complètement.

Comme si tout ce que j’avais porté ces derniers mois se dissolvait lentement.

Quand elle s’est reculée légèrement, elle souriait.

— Tu vois.

J’ai soufflé doucement.

— Quoi ?

Elle a haussé les épaules.

— Tu sais exister.

Je suis resté quelques secondes à la regarder.

Puis j’ai souri aussi.

Peut-être que cette fois…

je n’avais plus besoin de me battre contre moi-même.